#1 Décryptage de rapport de mission - Dammann Frères
Analyse du premier rapport du comité de mission de Dammann Frères
Chères lectrices, chers lecteurs,
Bienvenue dans ce premier décryptage de rapport de mission. C’est une nouvelle catégorie qui reflète le fait que plus de 2200 entreprises ont adopté la qualité de société à mission et doivent forcément passer par le chemin du rapport.
Mon envie est également d’aider les entreprises à s’interroger sur les éléments à inclure dans les rapports de mission, le premier comme les suivants, puisque c’est un exercice annuel.
Pour ce premier décryptage, vous avez choisi que je décrypte le rapport de mission de Dammann Frères, producteur de thé. Vous pouvez voter pour le prochain en pied de cette missive entre le groupe Adova (literie) et Nature & Découvertes (commerce).
J’ai cherché à structurer ce décryptage, mais elle n’est pas encore définitive et vos retours seront précieux. Un de mes objectifs est de faire que ces analyses puissent être lues sans avoir consulté les rapports en détail. Evidemment, je ne peux que vous inviter à le faire pour approfondir les éléments qui vous intéressent.
Bonne lecture !
Damman Frères existe depuis plusieurs plusieurs siècles et est producteur de thés et société à mission depuis juin 2023. Ils ont sorti un rapport de mission, qui couvre les 18 premiers mois, comme c’est souvent le cas, et qui a servi de base pour l’audit, dont vous trouverez l’avis publié sur le site.
Pour rappel, voici leur mission :
Raison d’être : Cultiver le lien entre l’humain les plantes pour une qualité de vie supérieure.
Objectifs statutaires :
Cultiver le lien entre l’humain les plantes, dès l’amont agricole ;
Cultiver le lien entre les êtres humains grâce aux pratiques à la culture d’entreprise ;
Cultiver le lien entre l’humain les plantes, par la connaissance.
En synthèse
C’est un premier exercice réussi dans son ensemble. Le rapport est bien maquetté, facile à parcourir et reprend les éléments essentiels d’un premier rapport de comité de mission. Ils ont décidé de l’appeler Rapport d’impact, plutôt que Rapport de mission ou Rapport du comité de mission. C’est tout à fait envisageable dès lors que les éléments du rapport correspondent aux attentes réglementaires.
J’ai trouvé très intéressant d’inclure une page d’histoire dédiée à la responsabilité, d’autant que Damman Frères existe depuis plusieurs siècles. De même, le détail du rôle de l’entreprise à toutes les étapes de la chaîne de valeur est très pertinent pour bien se rendre compte de son implication en amont comme en aval et donc des phases où elle peut jouer un rôle et avoir un impact.
Le rapport n’explicite pas le choix des mots et des thématiques de mission. C’est important pour un premier rapport afin de comprendre les raisons qui ont motivé l’entreprise à mettre telle ou telle dimension en avant ou d’utiliser tel mot ou telle expression.
Le rapport manque d’exemples et de focus. A plusieurs reprises, des encadrés auraient été utiles, par exemple sur le lancement de l’Académie du thé ou sur le périmètre des Achats responsables pour une entreprise comme Damman Frères.
Le rapport de mission est un exercice assez libre, contrairement à d'autres rapports. Autant en profiter pour en faire une vitrine sur les efforts réalisés.Certains éléments ne sont pas très compréhensibles ou lisibles, avec des indicateurs qui ne correspondent pas forcément aux objectifs opérationnels, des échéances ou des choix d’indicateurs pas très compréhensibles, surtout sur l’objectif statutaire 2 concernant la QVT et l’empreinte environnementale.
Attention à être bien clair sur tous les indicateurs, que ce soit s'assurer du lien entre l'objectif opérationnel et l'indicateur, ainsi que d'expliquer le choix de certains indicateurs quand ils ne sont pas forcément évidents.L’avis du comité est bien présent à la fin, mais il est mieux de l’inclure après chacun des objectifs pour une lecture plus fluide, et d’avoir une synthèse et des perspectives à la fin. Point important, l’avis est partiel, car le comité ne donne pas réellement un avis sur chaque objectif, ni ne considère de circonstances atténuantes pour les indicateurs non-atteints.
Structure et contenu du rapport
Le rapport adopte une approche assez classique :
Un édito : c’est indispensable pour introduire le rapport. Un mot du président du comité peut également être pertinent.
Rappel historique : c’est utile d’avoir quelques dates clés d’autant que Damman Frères a une longue histoire.
Le positionnement dans la chaîne de valeur : élément très intéressant pour bien comprendre où et comment l’entreprise agit.
Présentation du comité de mission : la présentation est assez succincte, mais l’essentiel y est. Je m’étonne seulement que la présidente du comité soit la manager de mission (c’est fortement déconseillé pour éviter d’être juge et partie), et qu’elle soit la seule membre salariée. Il est également surprenant que cette page intervienne avant la présentation de la mission.
Présentation du modèle de mission (mission + déclinaison opérationnelle) : la présentation est très sommaire et donne peu d’éléments pour comprendre les choix faits par l’entreprise. C’est dommage, car cela permettrait de donner des clés de compréhension aux lecteurs, en interne comme en externe, sur les priorités.
Faits marquants de l’année passée : c’est utile pour donner du contexte, mais il est dommage que les éléments recensés soient tous centrés sur la RSE et ne parlent pas des faits relatifs au développement commercial par exemple ou d’autres initiatives. Les deux doivent être liés.
Le détail des actions pour chaque objectif statutaire, appelé “Pilier” : les présentations sont assez brèves, sur une page. Chaque indicateur est résumé par un picto bien pensé et généralement clair.
La synthèse sur une page a l’avantage de la concision, mais l’inconvénient de manquer un peu de chair et de détails. Ainsi, certaines actions sont peu compréhensibles sans éléments supplémentaires. Quelques exemples :
Dammann Frères lance une politique d’Achats responsables, mais n’explicite pas les enjeux auxquels elle fait face dans le cadre de cette démarche (le point de départ, l’ambition recherchée, etc.).
L’entreprise travaille sur le bien-être des équipes en “proposant des attentions autour de la détente”. Cela consiste à la mise en place d’un siège massant. C’est tellement spécifique qu’on s’interroge sur le pourquoi de cette initiative. En quoi est-elle impactante sur l’activité de l’entreprise et le bien-être de tous les collaborateurs ? Par ailleurs, l’indicateur associé n’est pas très compréhensible. Il évoque un “taux de satisfaction”, mais on ne sait pas si c’est par rapport à ce siège massant.
Un des objectifs opérationnels est de “développer le rôle de la gouvernance”. En l’état, cette formule est assez elliptique, surtout que l’action associée est de mettre en place un cadre structurant HSE (hygiène santé et environnement) qui consiste à la sensibilisation des collaborateurs à la politique HSE de l’entreprise.
Il faut bien penser que ce rapport est rédigé pour être lu. Il doit donc être compréhensible. Il est essentiel qu'une personne externe puisse comprendre les choix, les orientations, les moyens mis en œuvre et les réalisations.
Les perspectives à l’issue de la présentation des travaux sur chaque objectif : le rapport évoque la feuille de route 2025-2026 pour chaque objectif, ce qui est une très bonne démarche.
Toutefois, ces éléments relèvent souvent de projets qui n’ont pas toujours été présentés, donc on a du mal à voir la continuité avec les actions passées.
C’est notamment le cas sur le premier pilier “Cultivez le lien entre l’Humain les plantes dès l’amont agricole”. Beaucoup d’actions sont évoquées sur des enjeux de biodiversité, de limitation des pesticides, d’érosion des sols, etc., mais comme ces sujets n’ont pas été abordés précédemment, le lecteur n’arrive pas facilement à raccrocher cela avec les objectifs opérationnels. C’est le souci de la concision…
Le rapport de mission est une photographie à date des efforts réalisés et de projection sur les années à venir. Il est donc important d'offrir une vision claire des trajectoires sur les objectifs opérationnels et les indicateurs à l'avenir. De même qu'une perspective sur les évolutions possibles pour comprendre les efforts futurs, voire la manière dont la mission amène à de nouvelles réflexions.L’avis du comité : il est inséré à la fin, ce qui est un peu étrange, parce qu’il doit englober beaucoup d’informations, ce qu’il ne fait que partiellement. Il est préférable de l’inclure à la fin de chaque objectif, en plus d’une conclusion finale. Cela aurait d’autant plus de sens qu’il pourrait y avoir un verbatim des membres du comité pour chaque objectif. Dammann Frères a en effet instauré un système de référent par objectif statutaire. En revanche, il est bien qu’il intègre une dimension prospective et de recommandation.
Un glossaire : c’est toujours utile.
Une page avec une photo des salariés et des chiffres clés : inclure une page de cette nature est utile, mais elle a sa place en début de rapport, pas à la fin.
Ce qui aurait pu être ajouté
Une page sur la société à mission : le dispositif n’est pas expliqué. Il faut partir du principe que 99% des lecteurs du rapport ne connaissent pas le dispositif de la société à mission.
Des exemples, des focus et des verbatims pour venir illustrer les actions menées et donner davantage de réalité aux efforts.
Un avis plus explicite du comité sur l’atteinte ou non de chaque objectif statutaire, en reflet de son rôle de premier niveau de contrôle de la mission.
Le traitement des objectifs non-atteints
Deux indicateurs n’ont pas été atteints. Ils concernent les trajectoires de réductions des émission de gaz à effet de serre.
L’un des objectifs opérationnels était de “Revoir la composition de l’enveloppe individuelle des sachets en diminuant leur épaisseur” avec deux indicateurs de mesure, dont un qui visait à une réduction de 37 TCO2 eq (par rapport à une année de référence qui n’est pas précisée, ni un nombre total pour comprendre l’effort à fournir). Dammann Frères n’a pu réduire les émissions que de 28,97 TCO2 eq.
La raison est bien précisée. Dans les deux cas, les indicateurs ne prenaient pas en compte la croissance des volumes de vente. Le comité recommande d’ailleurs de traiter ce sujet à l’avenir. C’est effectivement important d’expliciter pourquoi certains objectifs ne sont pas atteints. C’est encore mieux lorsqu’il y a des circonstances atténuantes, ce qui n’est pas le cas pour Dammann Frères.
En revanche, le rapport ne fait pas état de mesures correctives. Comment ce point sera-t-il amélioré à l’avenir ? Il aurait été utile de le préciser, surtout que la solution n’est pas si évidente.
C’est terminé pour ce premier décryptage. Cet exercice est évidemment perfectible. J’espère toutefois qu’il aura piqué votre curiosité. Plutôt que de vous demander si vous avez aimé, votre retour qualitatif serait très, très précieux. Si vous pouvez prendre deux minutes pour me faire un retour par email, ce serait extrêmement apprécié.
Ou en commentaires, directement sur le site.
Vote pour la prochaine société à mission
Pour le prochain décryptage de rapport de mission, je vous propose deux entreprises : Adova Group (literie connue notamment pour les marques Tréca et Simmons, société à mission depuis fin 2022) et Maison & Découvertes (commerce, société à mission depuis fin 2022).
C’est terminé pour cette semaine. Merci de votre lecture ! Je vous invite à commenter, à réagir en appuyant sur le ❤️ dans l’en-tête. Merci beaucoup !
Vous cherchez à définir ou relancer votre mission ?
En phase de réflexion sur la société à mission, sur la révision de votre mission actuelle, de votre déclinaison opérationnelle, sur le pilotage et l’animation de votre mission, je suis à votre disposition pour creuser ces sujets. En premier lieu, vous pouvez vous procurer mon ouvrage L’Entreprise à mission en questions (en réponses et en pratique) en commande ou auprès de votre libraire. Vous pouvez également me contacter par réponse à cet email si vous avez directement reçu cette missive, sinon par email si vous lisez depuis votre navigateur.
A jeudi prochain,
Vivien.







Bonjour
Merci pour ce 1er décryptage de rapport
Je ne trouve très clair et assez concis, ce qui permet de le lire rapidement et facilement !
Pour ma part, j’aurais apprécié avoir davantage d’exemples de « correction » que vous jugez possible de mettre en place pour certaines « erreurs » que la société a faite dans la rédaction de son rapport, afin de pouvoir s’améliorer + facilement
Je vous souhaite une bonne soirée.