#202 Pêle-mêle
On parle notamment de gouvernance, de cotation en bourse, de transition juste, et d'entreprise à mission d'emploi
Chères lectrices, chers lecteurs,
Bienvenue dans cette 202e missive de votre newsletter sur les responsabilités d’entreprise. Je m’appelle Vivien et je concocte ce contenu pour piquer votre curiosité, vous faire réfléchir et nourrir vos réflexions.
Si vous avez manqué l’info, je vous rappelle la tenue du tout premier webinaire solutions de La Machine à sens que j’organise mardi prochain, 7 juillet entre 11h30 et 12h, sur l’intégration de la santé mentale comme sujet stratégique et ensemble de compétences. J’aurai le grand plaisir d’échanger avec Virginie Malnoy, cofondatrice de Pleinia, entreprise qui accompagne et propose des outils aux entreprises sur la santé mentale. J’espère que vous serez nombreux à vous connecter et je serai très intéressé de vos retours.
Cette semaine, pas d’édito faute d’inspiration (je préfère être honnête !), donc ce sera plus court pour une fois !
Au sommaire :
🩲 Le Slip Français rentre en bourse
🤝 Penser culture et mission dans les rapprochements d’entreprise
💡 Les enjeux sociaux, parents pauvres des plans de transition
🤔 Face à l’explosion de l’IA, pourquoi pas un statut d’entreprise à mission d’emploi ?
🧠 Un peu de jus de crâne avec la plus grande base de données sur le changement climatique, le climatoscepticisme en entreprise, la communication environnementale, et la place du “travail” dans la RSE
😮 Quelques pépites pour la route
🎧 Mon son de la semaine : Metronomy - Whitsand Bay
Bonne lecture à picorer ou dévorer !
N’hésitez pas à liker et partager cette publication. Vous êtes mes meilleurs ambassadeurs !
J’ai redécouvert “Whitsand Bay”, morceau de Metronomy, groupe anglais que j’adore. C’est léger, mélodieux, doux-amer, entraînant avec la patte si particulière du groupe.
🩲 Le Slip français rentre en bourse
Qu’elle n’a pas été ma surprise quand j’ai lu que Le Slip français allait rentrer en bourse. En effet, c’est à rebours des annonces de ces dernières années dans le monde du textile où les marques ont plutôt tendance à se serrer la ceinture, se restructurer, se perdre complètement, voire disparaître.
Mais, c’est oublier les ambitions et la résilience de Guillaume Gibault, son fondateur. Le Slip français, c’est un pari fou de faire du textile made in France, de voir la marque vaciller sérieusement et de tout faire pour réduire les coûts pour proposer des prix de vente plus attractifs. Et ça marche ! Je vous conseille cet article sur le site France-jeunes qui retrace les étapes de ces dernières années.
Société à mission et labellisée B Corp, l’entreprise navigue sur cette ligne de crête de chercher un équilibre économique sans compromettre ses valeurs. Cette entrée en bourse va davantage tester les limites, car la pression des investisseurs sera encore plus forte de scaler l’entreprise.
Il sera intéressant de voir comment et si l’entreprise y parviendra, elle qui a ouvert une usine à Aubervilliers en 2023, alors qu’elle s’appuyait jusqu’alors uniquement sur des partenaires industriels, et qui a fermé la quasi totalité de ses magasins. En tout cas, c’est une démarche cohérente avec la raison d’être de l’entreprise de réinventer avec panache l’industrie textile !
🤝 Un rapprochement plein de sens
Nature & Stratégie (Coslys, Etamine du lys…) et le Laboratoire Science & Nature (Centifolia…) entérinent un rapprochement stratégique pour devenir un acteur majeur du “soin global” (cosmétique et produits d’entretien).
Cette opération est pleine de sens : deux entreprises mues par des convictions communes, un positionnement de longue date sur le bio et des implantations géographiques proches. Laboratoire Science & Nature est par ailleurs société à mission.
Pourquoi j’en parle ? Dans des opérations de fusions et d’acquisitions, on réfléchit souvent en termes de complémentarités, diversification et/ou synergies sur des marchés, des clients, des savoir-faire ou des outils.
En revanche, on réfléchit beaucoup moins en matière de culture, de mission et de valeurs. Pourtant, on sait que les enjeux culturels sont au cœur de nombreux échecs de fusion. C’est surtout le cas dans des entreprises portées par une mission ou une identité forte. Je citais l’analyse d’Elisabeth Laville la semaine dernière qui donnait plusieurs exemples de successions ratées, notamment l’intégration de Nature & Découvertes au sein du groupe FNAC-Darty en partie à cause d’une perte d’identité.
Dans un contexte économique où beaucoup d’entreprises sont en difficulté, tandis que d’autres ont encore les reins solides et un appétit de croissance externe, je ne peux qu’encourager ces entreprises à considérer les enjeux culturels dans leur stratégie d’acquisition, voire à développer un vrai plan d’intégration culturelle. C’est un moyen de s’assurer que les nouveaux arrivants ne quittent pas le navire à peine arrivés, voire disruptent l’équilibre de l’entreprise acheteuse.
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🧠 Un peu de jus de crâne
Carbon Brief vient de révéler la plus grande base de données scientifique sur le changement climatique avec 1,8 million de publications. La publication propose de nombreux contenus pour appréhender cette base de données, ainsi qu’un entretien captivant avec Philippe Ciais, chercheur (français, cocorico !) le plus cité de toute la base.
Article passionnant sur le site Eco-Economy Insider traitant de toutes les erreurs qui expliquent que la communication environnementale échoue de longue date.
Sur son site Management & RSE, Martin Richer consacre un article nourri autour de l’enjeu du travail, angle mort des démarches RSE, qui traitent souvent de sujets techniques, mais occultent l’essentiel pour les salariés.
Le climatoscepticisme ralentit-il les efforts des entreprises ? C’est la question épineuse traitée par Marie Dufour de la Climate School (désormais filiale de l’APAVE) dans une tribune aux Echos.
💡 Votre transition est-elle juste ?
L’OCDE vient de sortir un rapport sur la transition juste partant de l’observation que les transitions des entreprises sont souvent guidées par des efforts de décarbonation sans prendre en considération les impacts sociaux de leurs décisions.
Selon le rapport, une approche responsable doit se pencher sur les effets des politiques environnementales sur les droits humains, des travailleurs, des communités locales et des clients. Pour donner deux exemples concrets, sortir des énergies fossiles implique de se désinvestir de certaines régions où les locaux sont formés sur des métiers spécifiques à ces secteurs, voire sont hyper dépendants aux investissements de l’entreprise localement. Autre exemple, en voulant augmenter son utilisation d’énergies renouvelables, cela amène à l’installation de panneaux photovoltaïques et d’éoliennes, qui impacte les communautés locales.
Ces considérations peuvent sembler circonscrites à une poignée d’acteurs, mais en réalité, elles touchent un large panel de secteurs, notamment la finance, l’énergie, le BTP, le transport ou encore l’industrie. Le rapport utilise un concept que je trouve ingénieux : “le désengagement responsable” ou comment ne pas partir comme un voleur après avoir exploité des terres ou dépendu de certaines entreprises, parfois qui ont dû s’installer sur place pour suivre un donneur d’ordres.
Le rapport dresse une liste de recommandations que je paraphrase :
Adopter des approches globales quand on prévoit des démarches de transition
Echanger avec les parties prenantes affectées
Considérer des solutions individuelles ou collectives (au niveau sectoriel ou géographique par exemple) pour appréhender la situation
Envisager des systèmes de bénéfices partagés, notamment pour l’installation de parcs photovoltaïques ou éoliens
Intégrer la logique de désengagement responsable dans la prise de décision.
Plusieurs outils peuvent être intéressants pour aborder cette question : un mapping complet des parties prenantes (pas juste le premier cercle) et une matrice de double matérialité.
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🤔 Votre mission ? L’emploi de vraies personnes
Dans une note sur l’IA et la présidentielle pour la Fondation Jean Jaurès, Antoine Amiel formule une série de recommandations, dont une qui a retenu mon attention : créer un statut d’entreprise à mission d’emploi. Il fournit peu d’éléments, mais son idée serait la suivante : “introduire la notion d’entreprise à mission d’emploi associée à des allégements de charges pourrait avoir du sens. Ce dispositif permettrait d’encourager et de valoriser les entreprises qui font de l’emploi un objectif en soi et de l’entreprise un acteur de la société.”
Je pense que derrière l’idée, il y a la valorisation des entreprises qui privilégient l’emploi à l’utilisation de l’IA en remplacement. Bien que je trouve une vertu à réfléchir à ce sujet, je ne vois pas bien comment cela pourrait se justifier et se vérifier en pratique.
Cela étant, le sujet est bien réel surtout quand on entend des dirigeants comme Mark Zuckerberg mettre dos à dos les humains et l’IA. Pour lui, la situation est simple. Les entreprises cherchent toujours plus d’efficacité. Les IA progressent très vite et deviennent de plus en plus efficaces. Pour éviter que les entreprises soient tentées d’y recourir au détriment de l’emploi d’humains, il faut que les humains deviennent toujours plus productifs.
😮 Quelques pépites pour la route
Ca roule pour les trains de nuit ? | Une comédie musicale sur le réchauffement climatique | Votation locale contre l’installation de data centers aux Etats-Unis
C’est tout pour cette semaine, j’espère que cette missive vous aura plu. Pourquoi ne pas la partager ?
Et si vous souhaitez collaborer avec moi par exemple pour devenir société à mission, challenger ou refondre votre mission, ou échanger sur l’animation de votre comité de mission, n’hésitez pas à me contacter directement en réponse à cette missive ou par email.
A jeudi prochain,
Vivien.






